Les infidèles

2 Mar

Affiche du film Infidèle, 2002.C’e n’est pas du film dont je vais parler mais de la réalité. Bah oui, c’est le vendredi et ça donne envie d’aborder un sujet léger pour déstresser en ce début de week-end. Mon propos du jour portera volontiers sur la femme idéale. Autant les femmes (les filles, je pense) sont en quête de l’homme idéal, celui dont le profil correspond à des canons imposés peu ou prou par la société, il en de même pour les hommes (l’équivalent ici sera les garçons).

Quelle fille ne rêve pas de ce prince charmant concentrant en lui seul les trois C « chic-chèque-choc » ? Idem pour les garçons qui fantasment sur les fortes poitrines, les derrières relevées, les formes Coca-cola, les tailles fines et que sais-je encore ? Bon, y en a qui ne rêve plus, dépité par les amères expériences. Mais le rêve existe et il y a aussi les rêveurs, pour paraphraser Roga Roga et Zaparo de Guerre.

L’un des rêves juvéniles qui revient souvent dans les conversations avec mes congénères est de trouver une femme fidèle, en somme celle qui le sera une fois au foyer. Celle qui ne se laissera pas séduire par un autre homme jusqu’à se livrer à des relations extraconjugales. Le temps me manquerait pour traiter ce sujet sous toutes les coutures mais j’ai toujours remarqué que ceux qui se donnent ce critère ne se l’appliquent pas à eux-mêmes. C’est une manifestation de la phallocratie et je reviendrai peut-être là-dessus.

A quoi peut-on reconnaître une femme qui sera fidèle de celle qui ne le sera pas ? Elle ne doit pas aimer les sorties tardives, être casanière, sincère dans ses propos et dans ses actes, … bref je vous fais grâce des tonnes et des tonnes qu’on me ressasse souvent.

Descendons de ce nuage : on ne saura jamais si une femme sera fidèle ou si elle ne le sera pas. Rien ne permet d’en préjuger pour le présent encore moins pour le futur. Montaigne n’a-t-il pas écrit : « Certes, c’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant, que l’homme (NDA : la femme aussi). Il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme. » Vous aurez compris, pour moi, la fidélité féminine n’a jamais été une obsession même si je la trouve importante pour le couple – tout comme la fidélité masculine d’ailleurs. A ceux qui seraient intéressés, je conseille le film Infidèle avec Richard Gere, sorti en 2002. De l’infidélité, il en est comme de toute tentation. On en réchappe ou on y plonge.

NDA : J’ajoute à toutes fins utiles que dans ma tradition les femmes infidèles (copines, fiancées, femmes au foyer, …) sont répudiées quand elles sont démasquées. Autrement, elles meurent dans les tourments non sans s’être confessées. A bon entendeur …

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Ah les banques !

29 Fév

Le week-end dernier, Ouagadougou était particulièrement animée. Surtout dans la soirée du samedi où j’ai pointé mon nez au-dehors. Je me suis fait dire qu’il en est toujours ainsi lorsque l’âne a pété*. Mon « compère » qui s’y connaît me fait remarquer que les fonctionnaires burkinabès sont payés à partir du 24ème jour de chaque mois. Excepté les corps habillés qui eux perçoivent leurs soldes le 15 de chaque mois.

Une mesure prise pour désencombrer les banques mais aussi pour pallier les brutalités auxquelles se livraient les hommes en uniforme sur les civils gbalo gbalo – simples civils dans le jargon militaire togolais – devant les guichets. Bref, ce que j’essaie de vous expliquer c’est que le jour de la paie, les fonctionnaires forment des queues interminables devant les guichets de banques pour toucher leurs salaires. Ils y perdent une journée.

Pour l’Etat, c’est aussi un manque à gagner de 24 heures au moins en raison de ce mode vétuste de gestion de la paie mise en place dans les banques. Comme si l’Etat n’en perdait pas déjà assez du fait des absentéismes, des retards, des arrêts maladies réels ou fantaisistes, et des autres maux qui gangrènent la fonction publique africaine.

Pourtant la solution existe : doter chaque fonctionnaire d’une carte bancaire lui permettant d’effectuer les opérations de retrait aux guichets automatiques. Certaines banques appliquent depuis peu cette solution mais il faut songer à la généraliser, à l’étendre systématiquement à tous les fonctionnaires qui n’y avaient pas droit. Cette carte doit être remise gracieusement à chaque usager. Seule la souscription à ce service à valeur ajoutée doit être payante, prélevée à la source mais échelonnée sur 12 mois pour pouvoir faire passer la pilule.

Bon on pourra argumenter qu’il y a des fonctionnaires qui auront des soucis avec ces cartes. La même chose a été dite au sujet des téléphones portables mais aujourd’hui les analphabètes en disposent et savent s’en servir.

Le problème fondamental, de mon point de vue, ce sont nos banques. Elles sont peu audacieuses ou du tout pas, abhorrent le risque et se satisfont d’un pseudo-confort. En conséquence, je le clame toujours, nous avons le malheur de n’avoir pas de banques à part entière dans nos pays. Sinon, comment comprendre que, depuis près d’un an que mon salaire est domicilié dans l’un des établissements financiers d’ici, je ne connaisse pas mon gestionnaire de compte ? Et c’est réciproque. Qu’il ne m’ait jamais contacter pour me proposer de services additionnels de son institution ? Il n’a sûrement pas mon temps et s’attend à ce que je vienne à lui pour solliciter un prêt. Il attendra longtemps …

Bref, j’avoue que sur ce sujet, j’ai toujours eu la critique facile. Je recherche néanmoins contradicteurs.

* Expression vulgaire usitée au Burkina Faso pour désigner l’effectivité de la paie de salaires. J’en ignore pour l’instant l’origine.

Nos universités publiques forment plus des contestataires que des élites engagées

28 Fév

Révolte des étudiants du TogoLe site leFaso.net étant par moment inaccessible, je me permets de reprendre ici un de ses articles.

Dans les universités de Ouagadougou, l’année académique 2010-2011 n’est pas encore bouclée. En ce mois de février 2012, les étudiants sont dans les compositions des sessions. C’est dire que les nouveaux bacheliers de l’année 2011 ne sont pas encore une priorité. Autrement, eux qui étaient sans doute pressés comme tout nouveau bachelier qui doit aller à l’université doivent encore et toujours attendre. Jusqu’à quand ? Nul ne sait exactement quand prendront fin les évaluations pour qu’enfin la rentrée des amphis se fasse. C’est dans une telle pagaille que des étudiants vont en grève, et pire menacent de ne pas reprendre des cours tant que tel et tel autre point de leurs plates-formes revendicatives ne sont pas satisfaits.

C’est à la limite s’ils savent réellement le danger qui les guette. Car en effet, ce programme sans tête ni queue dans nos universités n’est véritablement préjudiciable qu’aux seuls étudiants. Qui non seulement ne savent plus quand commence une année académique et quand elle finit. Par ailleurs, il est indéniable que le niveau de la formation ne peut être le même si on était en temps normal. C’est pourquoi, il paraît de plus en plus urgent de repenser sérieusement la vie et la formation dans nos universités publiques. L’Etat, quoi qu’on dise doit assurer conformément à son rôle régalien la formation de l’élite. En mettant en place le cadre.

Mais il est de plus en plus perceptible qu’à lui seul, il ne peut assurer véritablement une formation de qualité. D’où la naissance d’universités et d’écoles ou de centres de formations spécialisées ou non qui contribuent à assurer la formation de l’élite. Malheureusement, l’accès à ces centres, universités et écoles de formation est encore réservé à une catégorie de Burkinabè qui ont les moyens.

De ce point de vue, il convient sinon qu’il urge de repenser sérieusement la formation dans les universités publiques. D’abord pour mettre tout le monde d’accord sur le contenu des formations et les conditions de formation. Qui doit payer quoi ? Qui doit faire quoi ? La formation est-elle exclusivement du ressort de l’Etat à qui il revient de former gratuitement l’élite ? Ou doit-il former en fonction de ses besoins ? Parce que, à voir très souvent les conditions d’étude et de formation, on croit tout simplement que c’est à du cinéma qu’on joue. Des étudiants qui suivent les cours à travers des fenêtres, des enseignants qui ne prennent pas du tout la peine de donner des cours comme il le faut. Des encadreurs qui viennent à l’Université juste pour justifier leur salaire.

Quand on ajoute à tout cela les incessantes grèves, pour un oui ou pour un non des étudiants et même souvent des enseignants et du personnel, il y a une question importante qu’il faut résoudre. Avec la participation de tous les acteurs. Y compris les parents des étudiants et les organisations d’étudiants. Les plus radicales comme les moins affichées.

Car tout compte fait, les temps ne sont plus les mêmes quand les étudiants, dès qu’ils finissaient leurs études étaient tout de suite attendus au pays où ils intégraient automatiquement la Fonction publique. Les tendances ont changé depuis et une formation au rabais dans nos universités publiques ne profite pas du tout aux étudiants qui en sortiront.

C’est pourquoi, il faut oser poser le débat de nos universités publiques qui risquent de former de plus en plus des contestataires que des élites engagées pour le développement de leur pays.

Source : Autant le dire… : Quelle université publique pour notre pays ?, Dabaoué Audrianne KANI. L’Express du Faso, mardi 28 février 2012.

Illustration : Révolte des étudiants de l’Université de Lomé.

Les jouets africains de la France

27 Fév

Depuis que l’Afrique est un champ d’expérimentation pour certaines puissances, il s’en trouve parmi nos frères qui besognent main dans la main avec celles-ci. On les appelait autrefois les valets locaux. Ils y sont toujours mais leur livrent dorénavant concurrence ceux que je nommerai affectueusement les jouets – ces objets d’amusement dont raffole tout gamin. Ils ne sont pas dans la position de valets locaux mais aspirent à le devenir. A défaut, ils se contentent d’être dans leur condition actuelle des bibelots, des éléments du décor qu’on invoquera pour se donner bonne conscience.

Vous avez sans doute remarqué le battage médiatique international autour de la candidature annoncée de Youssou Ndour à la présidentielle sénégalaise. Qu’il fut un chanteur hors-pair ne lui accordait pas ce droit mais bon faisons comme si … Plus tard, lorsque cette candidature a été invalidée par la Conseil constitutionnel, la France qui répétait à l’envi n’avoir pas de candidat au Sénégal, ne s’est quand même pas privée de regretter que « toutes les sensibilités politiques ne puissent pas être représentées« . Traduction du langage diplomatique : la France regrette que le Conseil constitutionnel ait rejeté la candidature de son « candidat » Youssou Ndour. Ce soutien de la France apparaît au grand jour quand le chanteur a été blessé lors d’une manifestation contre la candidature de Wade : « (La France) exprime ses condoléances aux familles des victimes ainsi que sa solidarité et ses vœux de rétablissement à M. Youssou Ndour et à tous les blessés ».

Youssou Ndour est un grand chanteur, j’aime sa musique. Qu’il ait des ambitions politiques, c’est son droit de citoyen. Qu’il ait l’étoffe pour… je n’irai pas jusqu’à dire comme l’autre « la politique aux politiciens, la musique aux musiciens« , mais je crois savoir que sa candidature a été téléguidée. A quel dessein ? Je ne sais. Une chose dont je suis certain toutefois est qu’il n’est pas le premier dans ce rôle. En 2010, le franco-togolais Kofi Yamgnane s’était déclaré lui aussi candidat à la présidentielle au Togo avant que sa candidature ne soit invalidée par la Cour constitutionnelle. Depuis lors, il est retourné à ses anciens amours, le PS. Membre de surcroît de l’équipe de campagne de François Hollande.

Deux hommes, deux parcours différents mais une coïncidence forte quant à leur engagement politique dans leur pays d’origine. Il est regrettable qu’ils aient raté le coche d’influencer le cours de l’histoire tout en se plaçant aux marges du landerneau politique. Comme tout jouet, la France les délaissera quand ils ne serviront plus à grand’chose. Et la vie continue là-bas et ici !

C’est le consommateur qui trinque !

25 Fév

Trois opérateurs de téléphonie mobile du Burkina Faso ont été condamnés par l’Autorité de réglementation à 2,7 milliards de francs CFA d’amende pour mauvaise qualité de leur service. Une décision que je ne salue pas contrairement aux fameux « consommateurs » du journal Le Pays.

Telmob, Airtel et Telecel sanctionnés ne changent rien au consommateur lambda que je suis, abonné à ces trois réseaux. Les appels perdus à n’en point finir, les unités débitées sans qu’il n’y ait eu communication… le préjudice est grand pour l’usager mais il n’aura aucune part dans la somme versée au Trésor public. Mais au fait qui a pris le temps de l’évaluer, ce préjudice ? Pourquoi ne pas obliger ces opérateurs en sus de l’amende à indemniser les victimes ? Bah, on se contenterait de ce que injonction leur a été faite d’améliorer leurs services dans un délai de trois mois. Gageons qu’on en reparlera et comment ?

Les petits ruisseaux et les autres

24 Fév

Le mécanicien

Il y a deux façons de lire la gouvernance en Afrique. Croire que le mal a atteint les os et que tout traitement de la peau n’est qu’un vain palliatif ; en conséquence qu’il faille tout raser pour bâtir un nouvel ordre – une démocratie épurée. Ou oser espérer en une construction progressive d’un ordre républicain faite de petites avancées par-ci, de reculs par-là, à somme non nulle.

J’en reviens ce matin en analysant deux faits d’actualité :

  1. Le dimanche dernier, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et de la Promotion des Droits Humains (sic) du Burkina Faso s’est négativement illustré par un abus de pouvoir sur la personne d’un mécanicien. Ce dernier a eu le toupet de lui faire remarquer qu’il circulait mal et qu’il a failli le renverser. La réaction du « grand quelqu’un » ne se fit pas atteindre. Le pauvre gus a été enlevé de force dans une ruelle, conduit au domicile de Monsieur le Ministre, où il a eu droit à une interrogatoire musclé. La photo du mécano (ci-contre) témoigne de la brutalité, de la torture, dont il a été l’objet.
  2. Vingt-quatre heures plus tôt, le gouvernement togolais rendait public joyeusement un Rapport d’enquête de la Commission nationale des droits de l’homme (Cndh) sur les allégations de cas de torture faites par les personnes détenues dans le cadre de la procédure ouverture pour atteinte à la sûreté de l’Etat, la fameuse affaire Kpatcha Gnassingbé. A la page 29 dudit rapport, en gras et bien en exergue, et en prélude à la conclusion, on pouvait lire : « Que l’accusation de torture doit donc être rejetée« . Quelques jours plus tard, le vrai rapport incriminant l’Agence nationale de renseignements a été mis en ligne. Sans équivoque, il déclare : « A la lumière des faits ci-dessus, la Commission, constate qu’il a été commis sur les détenus  des actes de violence physique et morale à caractère inhumain et dégradant« . Entre-temps, le président de la Cndh a dû prendre la clé des champs et chercherait actuellement asile en France …

Deux affaires de torture. Dans l’un comme dans l’autre cas, ce sont les dénouements plus ou moins heureux qui m’intéressent. Hier le Ministre de la  Justice du Burkina Faso a été remercié, à l’occasion d’un remaniement du gouvernement, annoncé néanmoins de longue date. Au Togo, le reste du Bureau de la Cndh a pris son courage à deux mains pour transmettre au gouvernement le rapport authentique dans l’attente de la suite qui sera réservée à ses recommandations. Entre autres, « prendre des sanctions exemplaires à l’encontre de toutes les personnes ayant participé directement ou indirectement à la commission des actes incriminés« .

Un ministre limogé pour abus de pouvoir. Un pouvoir mis en cause par le rapport d’enquête d’une institution républicaine. Cela n’arrive pas tous les jours dans les régimes anocratiques* qui sont les nôtres. De mon point de vue, il s’agit de petits ruisseaux qui feront les grandes rivières. Le chemin de la démocratie est encore long mais nous y arriverons.

* Un pays dans une situation intermédiaire entre la démocratie et l’autocratie est communément appelé anocratie (Cf. Mohamed Belkhir).

Illustration : L’Observateur Paalga.

Happy Valentine’s Day !

14 Fév

Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
Le doux frémissement des ailes du zéphyre
À travers les rameaux,
Ou l’onde qui murmure en caressant ces rives,
Ou le roucoulement des colombes plaintives,
Jouant aux bords des eaux ;

Si, comme ce roseau qu’un souffle heureux anime,
Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
Divin secret des cieux,
Que, dans le pur séjour où l’esprit seul s’envole,
Les anges amoureux se parlent sans parole,
Comme les yeux aux yeux ;

Si de ta douce voix la flexible harmonie,
Caressant doucement une âme épanouie
Au souffle de l’amour,
La berçait mollement sur de vagues images,
Comme le vent du ciel fait flotter les nuages
Dans la pourpre du jour :

Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille,
Ma voix murmurerait tout bas à son oreille
Des soupirs, des accords,
Aussi purs que l’extase où son regard me plonge,
Aussi doux que le son que nous apporte un songe
Des ineffables bords !

Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière !
Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière
Ma vie et ton amour !
Ton regard languissant est plus cher à mon âme
Que le premier rayon de la céleste flamme
Aux yeux privés du jour.

Chant d’amour I, Lamartine.